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paris_kaboul |
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CARNET
DE ROUTE
N°
7/12 |
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" « Le Kurdistan n’existe pas »
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18 août 2003
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Avanos à Dogubayazit
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Pour l’ensemble de la population turque, le Kurdistan n’existe pas. Rencontre avec un peuple kurde fait de chair et de sang dont l’occultation constitue un sport national.
La scène se passe dans un restaurant de routier comme il en existe des centaines entre Ankara et Erzurum en Turquie. Mais elle s’est aussi déroulée à Istanbul ou Göreme. « C’est incroyable, précise un jeune Turc qui travaille à Orléans. Il est venu passe r ses vacances à Sivas. Vous autres Européens n’arrêtez pas de parler du problème kurde. Mais ce problème n’existe pas. Le Kurdistan n’existe pas. Il n’y a que des Turcs. C’est comme en France. Il y a une langue – la langue turque – et un pays – la Turqu ie – ». Mais comme en France, il y a des minorités nationales dans ce pays. Et comme en France, leurs droits sont peu reconnus.
C’est donc peu dire que le problème kurde est un sujet sensible dans une Turquie se rapprochant à grand pas des standards européens en matière de niveau de vie, de système de transport ou de télécommunications. « Depuis dix ans, le problème kurde ne se p ose plus en Turquie, souhaite conclure un restaurateur de Cappadocce. Depuis 1991, la langue kurde est autorisée. C’est ce qu’il demandait. Ils l’ont eu ».
La conversation s’est maintenant déplacée, dans un café de la banlieue de Dogubayazit, en plein, faut-il l’écrire, pays kurde, à 40 kilomètres de la frontière iranienne. La personne qui parle s’appelle Ahmet. Son nom a été changé à sa demande. « C’est vr ai, précise-t-il, les autorités turques sont moins contraignantes qu’avant. Il y a dix ans, je ne pouvais pas parler en kurde avec ma mère dans la rue. C’est pourtant la seule langue qu’elle connaisse. Maintenant, s’il y a danger sur la voie publique, un e voiture qui arrive trop vite, un trou qu’elle n’a pas vu, je peux le lui signaler en kurde ».
« Les turcs que nous avons rencontrés m’ont précisé que le Kurdistan n’existait pas ». Notre question est provocatrice. Mais c’est la seule façon d’engager le débat. Qu’en penses-tu ? ». Ahmet, beau gosse de 24 ans, cheveux longs, gominés et soigneusemen t tirés en arrière à la manière d’un latin lover, n’a pas l’apparence du peshmerga kurde. Il s’agit plutôt d’un jeune businessman, un homme intelligent dont le but dans la vie n’est pas l’indépendance du Kurdistan. Son ambition est de gagner beaucoup d’a rgent pour bien faire vivre sa famille ou courir les filles. La question l’agace. Il se touche la poitrine. « Moi, j’existe. Je suis fait de chair et de sang. Et je peux te l’assurer. Je suis Kurde. Je parle kurde. Que la Turquie le veuille ou non ».
La Turquie, l’un des seuls pays du conseil de l’Europe, avec la France, à n’avoir pas fait ratifier la charte des langues minoritaires par son parlement, se retrouve dans une situation inconfortable. Elle a autorisé la langue kurde dans la vie courante m ais il n’existe toujours pas de possibilité, pour les Kurdes, d’apprendre leur langue à l’école. « C’est l’une des raisons pour la quelle de nombreuses familles kurdes n’envoient pas leurs enfants à l’école, précise un autre observateur. Ils ne veulent p as que leurs enfants soient totalement acculturés. C’est aussi pourquoi il ne fait pas bon de s’afficher kurde ici, ni de parler à des journalistes sur ce sujet ». Dans Dogubayazit, Ahmet poursuit sa visite guidée d’un Kurdistan sous contrôle. « Voici no s amis fonctionnaires, plaisante-t-il en désignant les différents représentants de l’administration turque dans cette petite ville frontière. « Rares sont ceux qui parlent kurde, ajoute-t-il. C’est particulièrement vrai pour les forces de police et les f orces militaires qui stationnent à 800 mètres du centre ville ».
En remontant sur la citadelle qui domine la ville, une centaine de chars turcs est effectivement rangée dans un solennel garde-à-vous avec des véhicules militaires et des canons sur roue. Ils attendent là au vu et au su de la population. Sur les montagn es environnantes, l’Etat et l’armée turc ont fait peindre, comme un marquage au fer rouge, de nombreuses inscriptions en turc. Ahmet en traduit une : « Le soldat turc est prêt à mourir pour sa patrie ».
Texte : Gwenole Guiomard (gguiomard@free.fr)
Photos : Mark Buscail (buscailm@club-internet.fr)
Webmaster : Cyril Delafosse (cyril@taklamakan.net)
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